
À la question de savoir comment les sociétés prospèrent, la réponse semble évidente. Après tout, qui va se mettre à réinventer la roue ? Nous savons tous que la prospérité est fonction de l’usage efficient des facteurs de production : le capital, la terre, le travail et l’entrepreneuriat. Ceux de l’économie du 21e siècle seraient contents d’ajouter l’information. Mais est-ce suffisant ? Et si tout ça n’était que la partie visible de l’iceberg ? Cette partie tangible, matérielle de l’équation de la prospérité ?
Le lecteur perceptible m’aurait déjà vu venir. En mentionnant la tangibilité, il aurait soupçonné que je serais incliné à proposer un contraste. Un contraste entre ce qui est matériel avec ce qui est immatériel, et il n’aurait pas tort. Car la prospérité est gouvernée, comme le reste de notre expérience humaine, par des lois, ou plus adéquatement les principes, tout aussi réel et têtue comme la gravité.
Mais avant d’aller plus loin, il me semble pertinent de dire que quand nous parlons des sociétés, nous faisons allusion aux entités humaines agrégées. Celles-ci peuvent très bien être les entreprises, les organisations à but non lucratif, les communautés, ou simplement la société en général. Les principes qui seront discutés dans les lignes qui suivront seront donc valables à toutes ces entités. Il est tout aussi utile de dire dès le début que nous allons faire usage, de façon relativement fréquente, du mot principe. Il doit être compris comme voulant dire des vérités évidentes, des principes ou vérités primaires duquel sont dérivées toutes les autres, les vérités que vous ne pouvez réfuter sans que vous ne tombiez dans l’absurde. Elles sont intemporelles et gouvernent à cet effet les conséquences de nos actions.
Ayant fait ces clarifications, nous sommes, il me semble, en position de répondre à notre question.
Comment les sociétés prospèrent ?
Il existe plusieurs principes qui gouvernent la prospérité des sociétés. Il n’est ni dans mon intention, ni dans l’intérêt des éditeurs de ce blog, de faire une exposition systématique de ces principes. Nous allons plutôt parler d’un seul. Et pour cause, c’est le principe qui change tout. On reconnaît à peine son importance et pourtant, à son absence, rien ne marche. D’ailleurs, à cet effet, il ressemble vraiment à l’air que nous respirons. Combien d’entre nous se rendent compte qu’ils respirent ? On y pense à peine, et pourtant nos vies n’excédèrent une espérance de deux minutes sans cette ressource précieuse. Ce principe, c’est la confiance.
En préliminaire, il faut dire que la vie en général n’est pas possible sans la confiance. Tenez, vous êtes probablement assis dans un fauteuil ou une chaise pendant votre lecture de cet article. Vous vous asseyez précisément parce que vous avez confiance qu’il/elle ne va pas vous faire tomber. Quand vous prenez votre bus ou taxi, ou même la moto le matin pour vous rendre au travail, vous faites confiance au chauffeur qu’il a suffisamment de bon sens pour porter un jugement juste pendant le trajet. Vous avez aussi confiance, du moins en principe, que tous les autres chauffeurs ont suffisamment de bon sens et qu’ils ne vont pas essayer de vous cogner volontairement.
Si une chaise a trois pieds au lieu de quatre, vous n’allez pas consciemment vous y asseoir parce que vous risquez de tomber. Imaginons maintenant que vous vous rendez dans un pays sans le code de la route et où les véhicules sont conduits par des malades mentaux, allez-vous tout de même prendre votre taxi ? Probablement pas, pourquoi ? Parce que vous n’avez pas confiance. Nous n’y pensons à peine, mais il n’y a rien que nous faisons sans qu’il n’y ait des éléments de la confiance dedans. Nous faisons confiance à notre jugement, à nos sens, aux autres, etc. chaque jour dans nos interactions, même les plus banales.
Mais vous allez me dire, certes, nous avons compris. Mais qu’est-ce que cela a à voir avec la prospérité des sociétés ? Eh bien tout.
Tout d’abord, la confiance augmente la profitabilité en minimisant le coût. Alors là, vous allez me dire, » vous avez tenu un beau discours jusqu’ici mais là, vous en affirmez assez. De toute évidence, vous avez raté votre cours d’économie politique. » Et pourtant, rien n’est plus vrai. Réfléchissez à ceci : dans un contexte où le niveau de confiance est élevé, vous n’avez pas besoin de mécanisme renforcé de suivi et contrôle, d’une supervision constante. Tout cela engendre des coûts dont on peut se passer si la confiance est élevée. Et ce n’est pas tout. Penser à la duplication des efforts, non-partage de l’information, méfiance et la non-coopération, la bureaucratie, les réunions après les réunions, le temps passé à la gestion et arbitrage de conflits qui affecte l’efficacité des équipes tout en érodant davantage les ressources de l’organisation.
Chacun des problèmes ici mentionnés est un coût évitable si on était dans un environnement de confiance.
Ensuite, la confiance améliore l’efficience d’utilisation de ressources. Dans un climat de confiance, on est confiant que chacun accomplira sa tâche. De ce fait, il n’y aura pas besoin des réunions longues, pas besoin de micro-management, les gens sont tenus responsables des résultats, il y a une collaboration franche et fluide et une communication limpide. Penser aux services de l’État. Ils sont généralement lents parce qu’ils doivent passer par l’approbation d’autant de personnes. Cela coûte davantage à tout le monde. D’abord à l’état, parce qu’ils ne peuvent servir que très peu de personnes. S’ils pouvaient servir plus de personnes, ils auraient plus d’entrées. Ensuite, au demandeur de service, parce que chaque minute perdue en attendant aurait pu être capitalisée pour quelque chose de plus productif.
La confiance accroît la fiabilité. La fiabilité ici fait référence à la perception, ou l’image que vous projetez au reste des parties prenantes. Cette image est nécessaire pour votre crédibilité et, par conséquent, vos chances d’être pris au sérieux. Si vous êtes généralement perçue comme une personne peu fiable, les gens vous éviteront pour tout ce qui est sérieux. Ils pourront vous inviter à prendre une bière, mais jamais pour discuter affaire.
Enfin, la confiance maintient la fidélité. Il est facile de vendre à une personne pour la première fois, le garder pour longtemps nécessite plus que le marketing. La fidélité est nourrie de la confiance que vous inspirez.
Mais de quoi la confiance est-elle faite ?
C’est une question cruciale et c’est avec elle que nous allons finir cet article. La confiance est suscitée d’une part du caractère et de l’autre de la compétence. En d’autres termes, qui vous êtes et ce que vous êtes capable de faire inspire la confiance qu’on vous fait. Les deux sont comme les ailes d’un avion. Il ne peut pas décoller avec l’un sans l’autre. Vous pouvez être qualifié, avec les diplômes et la connaissance qu’il faut, mais si on sent de la duplicité ou des incohérences dues aux mensonges, on ne vous fera pas confiance. D’autre part, vous pouvez être d’une moralité exemplaire, si vous n’avez pas les connaissances pour exécuter une tâche, on ne vous fera pas confiance non plus. Pendant qu’on y est, il faut dire que la compétence dépend de la connaissance et de l’expérience.
En guise de réflexion finale, il existe des données empiriques qui montrent qu’il existe une corrélation positive marquée entre la confiance et le niveau de prospérité. L’opposé, comme les études l’ont aussi montré, est tout aussi vrai. Il me semble donc approprié de dire, dans le chantier de la reconstruction de notre pays, le point de départ, la fondation devrait être la restauration de la confiance. Avec la confiance, il est possible d’accomplir dans 20 ans ce qu’on accomplit dans 100.
Permettez-moi de finir avec cette question tout à fait personnelle et franche : êtes-vous digne de confiance ? Ne répondez qu’à votre propre conscience.
Auteur: Consolateur Jean



